• REQUIEM POUR UNE AMANDE BRUTE

     

    REQUIEM POUR UNE AMANDE BRUTE

     

     

     

     

     

    Chrysalide de papier cellophane dont je suis l’otage,

     

    On m’a dénudée de mon enveloppe sacrée et me voilà nue devant vous, parmi mes sœurs d’automne, prise au piège dans ce sachet  où je frisonne dans l’attente d’une réforme.

     

     

     

    Seule dans la multitude, à qui je sers, à qui je manque, ne sommes nous belles que par le nombre.

     

     

     

    Comme la chenille a son engouement pour la métamorphose, j’aspire à ma transformation.

     

     

     

    Puisqu’il faut en finir pour le plaisir de les nourrir, que  ma mort soit émotion.

     

     

     

    Il est l’heure de se quitter, on vient me chercher et je me rends sans combattre, c’est la ma propre vertu.

     

     

     

    Regardez moi, regardez moi partir, je suis déjà loin .

     

     

     

    Dans un moulin vibrant et magnifique  ne voyez vous pas mon cœur s’éloigner de moi, puisque chacune  de mes molécules se disperse et ce qui fut moi ne me ressemble plus.

     

     

     

    Pour ne pas qu’elles s’endeuillent, mes sœurs, je vous le dis, votre tour viendra .

     

     

     

    Qu’importe que nos routes dévient , j’ai en mémoire le cri de vos envies , et de ne plus vous revoir me change en pluie , une pluie d’amande,  poudre de moi-même, mal menée par la mécanique froide d’un robot puisque qu’ici  on me pile la beauté à même la pierre afin de me rendre plus belle.

     

     

     

    Chaque fois que vous me pilez, de plus en plus une goutte de moi, de plus en plus une goutte de ma propre essence me rend de plus en plus maniable que des mains expertes tentent d’apprivoiser.

     

     

     

    On m’éloigne de moi me laissant en lambeaux et d’un mouvement de doigts me rassemble déjà.

     

     

     

    Doit-on toujours souffrir pour être belle ?

     

    Croyant l’instant fini le tour de main se meut de plus belle.

     

     

     

    Mon âme vire et chavire devant mon corps vide et gluant.

     

     

     

    Que sui- je devenue pour arriver si bas, rester humble dans un tel état et montrer pâte blanche, de qui se moque t’on ?

     

     

     

      est mon verger, moi qui n’était qu’un fruit du ciel dont le soleil maintenant abandonné venait me sécher n’attendant que la récolte suprème .

     

     

     

    Que suis-je devenue depuis que vous m’avez émondée, retiré mon écorce jusqu'à me déshabiller , m’ébouillanter pour m’emprisonner dans un simple sachet me forçant à respirer votre gaz raréfié .

     

     

     

    Ne me laissez pas là  où je m’étale sur votre marbre telle une  pierre tombale, haïssant jusqu'à  ma propre texture.

     

     

     

    Je ne suis pas morte, laissez moi vous le prouver et d’une once de fierté vous me verrez ressusciter.

     

     

     

    Devant mon désespoir vous avez rassemblé ce qui restait de cet amas informe pour me retrouver, me remettre en forme, me coloriser. Disparu mon teint d’ivoire, de l’esthétique je fus touchée et entre vos doigts, je me sentais revivre.

     

     

     

    Une confiance s’installa, le respect de ma texture me délivra de cette peur me  laissant me dissocier pour mieux me modeler, me façonner, nous faisions corps .

     

     

     

    Que c’est drôle, il me plait à penser que ces mains qui m’agitent et me dessinent,  prennent du plaisir à voler ma tendresse et qu’à piler ma beauté, elles ne faisaient qu’assouvir leur créativité.

     

     

     

    M’aplatir pour mieux me former, je commençais à comprendre ce que j’allais devenir.

     

     

     

    On m’offrit un cœur neuf, puis une pétale. Avant même que je réalise, d’autres s’étaient gréffées autour de moi.

     

     

     

    Je dansais sous ses caresses et me voila possédant un galbe, moi qui n’était que masse, ma fierté grandissait pendant qu’il laissait cours à sa créativité.

     

     

     

    Posséder une robe, moi qui n’avait jamais ouvert le bal, étant devenue une rose dont la beauté n’avait d’égal que le baccarat de ces formes prodigieuses. Je me vis  offrir la place d’honneur ce qui fut normal, et sur un gâteau de carnaval dont le char n’était que chocolat, je me suis posée là pour vivre une dernière fois.

     

     

     

    Le dernier cadeau de ma pauvre existence  ne sera  qu’un champs d’étoiles, brillant dans les yeux des passants émerveillés de me voir voler la vedette de cette vitrine illuminée.

     

     

     

    Je ne laisserai  jamais indifférent ces inconnus qui passent, et leur gourmandise grandissante causera ma perte, moi à qui la mort ne sera qu’un jeu à leurs yeux.

     

     

     

    Finir en beauté en donnant du plaisir, pour la simple amande que je suis, que demander de mieux.

     

     

     

     

     

    JOHNY MEULEWATER

     

        

     

     

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Murielle
    Mercredi 28 Octobre 2015 à 01:20

    Superbe! c'est costaud d'écrire des trucs comme ça.

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